Glaciers

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Le Groupe Intergouvernemental d’experts sur l’Evolution du Climat (GIEC) dresse un état des lieux alarmant sur l’élévation des températures à l’échelle du monde ces trente dernières années. Les milieux de montagnes semblent être affectés plus rapidement et plus lourdement que les autres.  On estime que la température annuelle moyenne dans les Alpes est en augmentation tendancielle de 2,2°C entre la fin du 19ème siècle et le début du 21ème siècle. Le retrait généralisé des glaciers est constaté par les glaciologues et d’après les observations satellites, l’amincissement des glaciers s’accélère chaque année. La nécessité d’améliorer les connaissances sur les glaciers afin de mieux comprendre leur fonctionnement et de documenter leur évolution est de ce fait une nécessité.

Glacier du Mont Ruan

C’est au fond de la combe glaciaire du Bout du Monde dans la réserve naturelle de Sixt-Passy que se trouvent, du nord au sud, les glaciers du Ruan et de Prazon.  « Ce sont des glaciers de cirque suspendus en fauteuil dont les séracs dominaient autrefois le fond de la combe, notamment lors du Petit Age Glaciaire et lors de la crue des années 1980 ». Le glacier du Ruan, le plus septentrional des glaciers français, orienté sud-ouest, se situe entre 2400 et 2700 mètres d’altitude. Le témoignage des Sizerets qui entendaient régulièrement le fracas des séracs se décrochant de la langue suspendue du glacier pour s’écraser 800 mètres plus bas dans le fond de la combe du Bout du Monde témoigne bien de la réavancée générale des glaciers dans les années 1980 [Nature et Patrimoine Spécial Sixt, 2006]. Actuellement la tendance s’est inversée et le recul du front du Ruan laisse apparaître le sol constitué de karst. Ses eaux de fonte s’infiltrent dans le réseau hydrologique et alimentent le versant suisse mitoyen d’Emosson.

Un glacier suivi depuis longtemps

Depuis 1996, la distance de recul du front était mesurée annuellement depuis trois points fixes spités dans la roche. Un suivi photographique visait également à documenter l’évolution de la superficie du glacier en prenant des clichés depuis des repères « fixes ».  Le glacier du Ruan s’étendait sur 0,571 km2 d’après les photos aériennes de 2008 contre 0,67 km2 en 1998, soit une diminution de 15 % de sa surface en 10 ans.

 

Un nouveau suivi plus précis

Un nouveau protocole de suivi du glacier a été mis en place en 2016. Un contour du glacier à l’aide d’un GPS différentiel (mesures très précises) a été réalisé avec la collaboration de Ludovic Ravanel (Université Savoie-Mont-Blanc – Laboratoire EDYTEM). La cartographie de ces contours et la comparaison d’année en année permet de suivre l’évolution de la surface du glacier. Deux profils sur la longueur (haut-bas) ont également été réalisés afin de mesurer l’évolution de l’épaisseur de la glace au cours du temps. La prise d’une vue photographique de l’ensemble du glacier du Ruan est également réalisée chaque année.

Glaciers du Vallon de Bérard

Le Vallon de Bérard est situé dans le massif des Aiguilles Rouges. Le versant nord de cette petite vallée glaciaire comporte quatre glaciers discrètement accrochés sous les plus hautes crêtes : le glacier de Beugeant, le glacier d’Anneuley, le glacier de Bérard et le glacier du Mort. Globalement, le massif des Aiguilles Rouges se caractérise par l’altitude relativement modeste de ses sommets et par l’absence de surface d’altitude permettant une importante accumulation glaciaire.
Une partie des eaux de fonte glaciaire est captée à destination du barrage hydroélectrique d’Emosson d’où l’importance des glaciers dans leur rôle de stock de la ressource en eau.
 

Depuis 1999, les glaciers du vallon font l’objet d’un suivi photographique annuel 

Le Glacier de Tré-la-Tête

La réserve naturelle des Contamines-Montjoie s'étend sur 5 500 hectares et 21 % de sa surface est composée de glaciers dont celui de Tré-la-Tête, de la Bérangère et du Mont Tondu ainsi que les glaciers d'Armancette et de Covagnet. Ils contribuent, avec les nombreux névés, à abaisser la moyenne thermique de la vallée et assurent une alimentation hydrique constante sur l'ensemble du versant est. Dans les Alpes, plusieurs glaciers possèdent des langues glaciaires, comme celui de Tré-la-Tête, qui est le quatrième plus grand de France. Contrairement à d’autres glaciers situés en versant nord, celui de Tré-la-Tête a deux particularités : il s’écoule sur le versant sud-ouest du massif du Mont-Blanc, et il dispose d’un bassin d’alimentation orienté au sud. Il est situé à une altitude moyenne de 2800 mètres et au-dessous de 2 200 mètres le glacier s'étire en une langue orientée à l’ouest, qui s’étend jusqu'à une gorge étroite et profonde creusée par le torrent sous-glaciaire à 2050 mètres. 

Un suivi historique

Les variations de longueur du glacier sont suivies depuis plus de 100 ans et il est l’objet d’un bilan de masse annuel depuis 2014 (collaboration CEN 74 / Luc Moreau (Glaciolab) / EDF). Glaciologues et gestionnaires d’espaces naturels montent chaque année mesurer la hauteur de neige accumulée pendant l’hiver et la fonte estivale à la surface (plus de 7km de long). La comparaison de la masse accumulée et fondue permet d’évaluer l’état de santé du glacier. 

   

Le bilan de masse du glacier en partenariat avec Luc Moreau (Glaciolab)

Ce bilan de masse glaciaire est pertinent car il est relié directement au climat de l’année, aux précipitations hivernales et à la fonte estivale. C’est un « état de santé » annuel du glacier qui permet d’évaluer le gain ou la perte de volume de glace sur l’année écoulée.

 

Glaciers enterrés des Rebanets-Chassots

Un mystérieux héritage

En apparence, les pentes du massif du Mont-Blanc qui dominent Plan Jovet ne sont occupées que par des rochers. Toutefois, il existe une importante quantité de glace en profondeur. Deux glaciers, complétement enterrés sous les sédiments et hérités des périodes froides de l’Holocène, ont été découverts récemment.

Des campagnes de géo-électrique

Un partenariat entre Asters-CEN74 et l’Université de Lausanne a permis de mener une campagne de mesure en septembre 2013. La détection de glace dans le sol est un enjeu important (gestion de l’eau, dangers naturels, etc.) dans les espaces montagnards. La géoéléctrique est une méthode scientifique qui permet, à travers le calcul de la différence de potentiel lorsqu’un courant électrique est injecté dans le sol, de distinguer les contrastes de résistivité du sol. Or, la glace présente une résistance extrême au passage du courant électrique. Ainsi, plus un terrain contient de glace, plus la résistivité mesurée est importante.

Glaciers noirs et glaciers rocheux

Les résultats ont montré l’existence d’un corps extrêmement résistant sous la principale langue. L’ensemble des observations effectuées permettent de conclure que les langues des Rebanets Chassots et de l’Enclave sont des glaciers noirs. Il s’agit d’une importante masse de glace sédimentaire recouverte de blocs. Les petites langues qui sont également présentes sur le versant sont des glaciers rocheux constitués de blocs. La quantité d’eau présente sous forme solide y est donc beaucoup moins importante.

Les langues sédimentaires des Rebanets Chassots et de l’Enclave cachent donc des glaciers. Ceux-ci n’ont jamais été cartographiés et figurent seulement dans les précieux travaux de Viollet-le-Duc. Ces glaciers constituent un héritage du Petit Âge Glaciaire

Bien que peu connus et presque invisibles dans les paysages, ces petits glaciers noirs sont relativement fréquents. Ils constituent bien souvent un réservoir d’eau primordial pour les fragiles écosystèmes alpins. Cette étude menée dans la réserve des Contamines Montjoie, montre quant à elle que, même dans le massif du Mont-Blanc, où la glaciologie a vu le jour et où les glaciers sont très étudiés, il est possible de découvrir en 2013 des glaciers, discrets et fragiles héritages des siècles passés.

Pour en savoir plus découvrez un site dédié entièrement à l’histoire géomorphologique de la réserve naturelle des Contamines-Montjoie : 

http://www.cen-haute-savoie.org/sites/contamines/heritage.

Date de publication sur le site : 
Vendredi, 4 Décembre, 2020