Le plateau des Glières sous la loupe des chercheurs

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Le Projet Collectif de Recherche (PCR), piloté par le Conseil Départemental de Haute-Savoie, tisse des liens entre chercheurs de plusieurs disciplines scientifiques et construit des ponts entre archéologie et études environnementales. Menées sur plusieurs sites de Haute-Savoie (Vallon de Sales à Sixt-Fer-à-Cheval, Salève, Plateau des Glières), ces études pluridisciplinaires, cherchent à décrire et reconstituer les usages humains ainsi qu’à retracer l’évolution des paysages et des écosystèmes montagnards du Moyen-âge à nos jours.

En 2020, les chercheurs se sont penchés sur le plateau des Glières, haut lieu d’activité pastorale avec ses nombreux pâturages et ses prairies de fauche. Deux secteurs ont été ciblés : le versant adret de la Montagne des Frêtes à proximité du monument des Glières et le versant ubac de la Montagne des Auges. Ces deux secteurs montrent des signes d’occupation anciens, incarnés notamment par la présence de ruines, probables restes d’anciennes habitations ou de bâtiments à usage pastoral.

Croiser les recherches et les suivis

 

Le Plateau des Glières est utilisé dès le Moyen-Age, afin d’en exploiter les ressources, comme le bois en forêt et le pâturage. Le Conseil départemental de Haute-Savoie a mené un travail historique de recherches dans les archives et des prospections sur le terrain en 2019 afin d’étudier l’accès au plateau et les vestiges d’anciens habitats.
En 2020, les études menées concernaient l’environnement actuel. Des naturalistes ont prospecté des zones pour étudier la flore et les mollusques, dans le but de relier les observations actuelles et les  traces des usages du passé.
Le Conservatoire d’espaces naturels de Haute-Savoie - Asters participe à ces recherches notamment sur le volet « analyse de la végétation ». Dans ce cadre, un diagnostic floristique consistant à relever les espèces présentes sur les deux secteurs a été effectué. Il a permis de caractériser les milieux et de rechercher des espèces particulières qu’il serait possible de relier à des traces d’usages passés. En fonction des espèces présentes, on peut reconstituer l’occupation et l’utilisation du milieu. A titre d’exemple, l’observation d’une prairie sèche enrichie en Brachypode rupestre (Brachypodium rupestre)permet de conclure que la prairie est en cours d’abandon. Inversement, une présence importante d’espèces telles que la fétuque des prés (Schedonorus pratensis) ou encore la Dactyle agglomérée (Dactylis glomerata) suggère une utilisation intensive des sols.
De même, l’étude des mollusques, réalisée par le malacologue Alain Thomas, permet de reconstruire les environnements du passé. Les espèces présentes comparées à celles retrouvées dans les sédiments anciens, renseignent sur les changements et l’évolution du milieu. Les gastéropodes sont étroitement liés aux formations végétales et aux paysages, d’autant qu’ils ont un faible pouvoir de dispersion. Les assemblages de mollusques peuvent donc révéler certains aspects de l'évolution de l'occupation humaine d’un site et sont des indicateurs des modifications du milieu et du climat.

Des traces enfouies dans le sol

Pour aller encore un peu plus loin dans ces recherches, des carottes de sédiments ont été prélevées. En cours d’analyses au laboratoire EDYTEM de l’Université de Savoie Mont-Blanc, elles pourraient révéler de précieuses informations sur le passé. L’analyse des pollens, par exemple, permet de reconstituer le paysage du passé et de formuler des hypothèses sur les activités humaines en comparant la végétation actuelle et celle du passé.

Une exposition en 2021

Durant l’été 2021, le conseil départemental, en lien avec la Maison des Glières, organise une exposition sur les résultats de ce projet sur plusieurs disciplines, associant notamment histoire, archéologie et études environnementales. De juin à septembre le public pourra découvrira quelques panneaux explicatifs entre Dran et Outan.

 

Crédits photo : Alain Thomas