Charbonnières du Salève

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Un vaste programme intitulé Projet Collectif de Recherche (PCR), piloté par le Conseil Départemental de Haute-Savoie, tisse des liens entre les chercheurs de plusieurs disciplines scientifiques et construit des ponts entre archéologie et études environnementales. Menées sur plusieurs sites de Haute-Savoie (Vallon de Sales à Sixt-Fer-à-Cheval, Salève, Plateau des Glières), ces études pluridisciplinaires, cherchent à éclairer l’évolution des paysages et des écosystèmes montagnards du Moyen Âge à nos jours.

Au Salève, petit relief dépassant les 1000 m d’altitude et émergeant des plaines et des collines de l’Avant-Pays savoyard, la forêt couvre les trois quarts de la surface du chainon. Etudiée depuis fort longtemps sous l’angle naturaliste, la forêt est à présent scrutée d’un point de vue historique et archéologique pour identifier et étudier les anciens sites de charbonnières. Sur ces emplacements de quelques mètres carrés, au Moyen Âge, on produisait le charbon de bois, combustible destiné à la sidérurgie, aux forges de village et à divers usages urbains (Genève et Annecy).

L’objectif de l’étude est d’associer recherches archéologiques et études environnementales. Au total, depuis 2015, les campagnes de prospection ont permis de localiser près de 200 plateformes de charbonnage, toutes époques confondues. Les charbonnières sont plus répandues dans les secteurs forestiers proches des lieux habités (pieds de versants) ou des chemins. Alain Mélo, historien et archéologue, se rend sur place, les observe, les décrit et collecte des charbons en vue de les étudier.
Sandrine Paradis-Grenouillet, spécialiste de l’étude des charbons de bois (anthracologue) peut ainsi reconstituer les essences utilisées et leur degré de maturité. Pour compléter cette approche archéologique, Ilaria Pozzi, botaniste au CEN74-Asters réalise également des prospections autour des charbonnières. Elle étudie les essences forestières et les espèces présentes car des prélèvements de bois importants ou fréquents dans le temps, ont pu favoriser certaines espèces au détriment d’autres. Typiquement, les essences qui présentent un bon rendement à la carbonisation comme le Hêtre et le Frêne, ou encore le chêne, étaient privilégiées pour la production de charbon.
Les restes de charbon analysés montrent une présence majeure de charbon de hêtre. Cette essence était donc l’espèce recherchée par les charbonniers, notamment dans le cadre de la sidérurgie primaire (réduction du minerai) ou secondaire (forges de village). D’autres conséquences de l’intervention de l’homme au cours du temps sur la végétation originale du Salève sont visibles, par exemple la présence de prairies aux sommets est due aux activités de déboisement et au pâturage.
Des études sur les mollusques ont également été conduites par Alain Thomas (membre du conseil scientifique du CEN74) sur les charbonnières car les gastéropodes sont étroitement liés à la végétation et aux paysages, du fait de leur faible pouvoir de dispersion. Leur analyse peut également éclairer les modifications du milieu à travers les époques.
Avec ces recherches inédites, la politique patrimoniale, longtemps concentrée sur les monuments les plus remarquables et exceptionnels s’ouvre à une identification et une protection des éléments moins spectaculaires, plus petits, plus communs mais aussi d’avantage menacés de disparition car discrets et cachés dans une nature qui sembla avoir repris ses droits.